L’indépendant Sylvain Chomet a disparu des salles de cinéma pendant sept longues années. On a pu apercevoir son travail dans un court-métrage de Paris, Je t’aime mais on était impatient de revoir son talent dans un long-métrage. Les nombreuses nominations et récompenses reçus pour les Triplettes de Belleville ont montré l’enthousiasme du public pour ses animations et le voilà de retour dans une adaptation d’une oeuvre d’un géant du cinéma français.
Date de sortie : 16 juin 2010
Réalisateur : Sylvain Chomet
Synopsis : À la fin des années 50, une révolution agite l’univers du music-hall : le succès phénoménal du rock, dont les jeunes vedettes attirent les foules, tandis que les numéros traditionnels – acrobates, jongleurs, ventriloques – sont jugés démodés. Notre héros, l’illusionniste, ne peut que constater qu’il appartient désormais à une catégorie d’artistes en voie de disparition. Les propositions de contrats se faisant de plus en plus rares, il est contraint de quitter les grandes salles parisiennes et part avec ses colombes et son lapin tenter sa chance à Londres. Mais la situation est la même au Royaume-Uni : il se résigne alors à se produire dans des petits théâtres, des garden-parties, des cafés, puis dans le pub d’un village de la côte ouest de l’Écosse, où il rencontre Alice, une jeune fille innocente qui va changer sa vie à jamais.
Avec l’Illusionniste, Sylvain Chomet adapte un scénario de Jacques Tati jamais vu en salle. La fille du cinéaste gardait précieusement cette pépite en attendant le bon prétendant. Après voir vu le film, on comprend pourquoi elle a choisi le créateur des Triplettes de Belleville. Il a réussi à restituer la magie du célèbre M. Hulot mais dans un long-métrage d’animation. L’hommage est magnifique mais aussi bouleversant car Jacques Tati a refusé d’interpréter ce rôle trop personnel. Le personnage principal est son incarnation avec une silhouette immense, des pantalons trop courts et une gestuelle très particulière. Malheureusement, le magicien est aussi un homme avec des cheveux blancs et Jacques Tati ne voulait pas se voir vieillissant.
Le sujet du film était également trop lourd à porter pour le cinéaste. En effet, le destin des artistes de cabaret à la fin des années 50 est tragique avec un public désertant leur spectacle pour le rock’n'roll. Ils vont se retrouver face au chômage, au manque d’argent et à la faim. L’illusionniste de l’histoire va essayer de garder une raison de vivre en aidant une jeune fille mais il ira jusqu’à s’endetter pour la rendre heureuse. Le talent de Sylvain Chomet est de représenter ces destins avec une touche d’humour et d’espoir qui égaie le sujet. On retrouve les plaisirs du cinéma muet avec ce film au rythme tranquille et poétique. Les personnages sont représentés en plan fixe et de la tête au pied pour mieux partager leurs intimités. L’animation numérique actuelle se concentre sur l’action mais elle en oublie le côté humain. La musique est moins folle par rapport aux Triplettes de Belleville mais le music hall a laissé la place à la prestidigitation. Cependant, on retrouve le talent du dessinateur dans la représentation fascinante de l’Ecosse à la fois rustique et moderne.
Au final, l’Illusionniste respecte à merveille l’oeuvre du grand Jacques Tati avec des clins d’oeil dans les protagonistes de l’histoire et dans la réalisation. Pourtant, Sylvain Chomet imprime sa marque personnel qui enchante les fans de l’animation et les cinéphiles. Comme Persepolis, cette belle histoire pour adultes n’a vraiment rien à envier aux longs-métrages classiques et les festivals de cinéma du monde entier seront récompensé cette magie.
© Pathé Distribution
11 h 31 min
J’aurais adoré faire une critique de ce bien beau film. En l’état, je ne connais malheureusement pas Tati en profondeur, pas plus que je n’ai vu le premier film de Chomet. Qu’à cela ne tienne : pas besoin de multiples références pour profiter de L’illusionniste, cruel peinture d’un monde où l’imaginaire ne fait pas long feu face à une société de consommation grandissante. Les dernières minutes sont à ce titre, paradoxalement, vraiment magnifiques. Je regrette juste que la narration du film tienne mal sur la longueur, à l’instar de personnages pas forcément attachants. Mais ce sont bien là les seules réserves que j’ai.
Les magiciens n’existent pas.